Ma Pharmacie et moi

UN COVID QUI DURE...

Rédigé le 11/01/2021
Ma Pharmacie


Depuis fin octobre, l’AP-HP (Assistance Publique - Hôpitaux de Paris) s’intéresse à ces manifestations persistantes du Covid-19, aussi diverses que variées.

Grâce à la plateforme collaborative ComPaRe (Communauté des Patients pour la Recherche), elle a recensé une cinquantaine de symptômes semblant relever du « Covid long ». Au total, 600 patients ont détaillé les troubles neurologiques, digestifs, ORL ou gynécologiques qui les handicapent toujours plus ou moins lourdement, au moins trois semaines après leur contamination.

 

Troisième niveau : Cocolate, qui se focalisera donc sur ces personnes « qui se sont d’abord manifestées sur les réseaux sociaux, fin avril, début mai. Elles se plaignaient surtout d’une grande fatigue », explique le Dr Robineau. Pas d’inquiétude au premier abord : « nous avons l’habitude des symptômes viraux qui persistent quelque temps chez l’adulte, par exemple après une mononucléose ou une infection à cytomégalovirus », un virus de la famille de l’herpès. Mais la persistance des symptômes post-Covid au-delà de trois mois, combinée à leur caractère polymorphe, a fini par interpeller médecins et cliniciens.

Cocolate

Au centre hospitalier de Tourcoing, on s’intéresse aussi à ces malades au long cours. Une étude baptisée Cocolate (comme Covid tardif) vient d’être lancée. Elle est coordonnée par le Dr Olivier Robineau, médecin au service universitaire des maladies infectieuses et du voyageur. Il espère inclure un millier de patients de toute la France, qui seront adressés par leur médecin traitant. Cette étude s’inscrit dans une action coordonnée, qui comprend unpremier niveau d’étude en population générale (malades et non malades) et un deuxième qui différencie les « Covid courts » des « Covid longs ».

 

« Les gens expriment une souffrance »

« La fatigue, le brouillard cérébral (difficultés de concentration et de mémorisation), la sensation d’essoufflement, les douleurs thoraciques, musculaires et articulaires sont les symptômes les plus fréquemment rapportés », indique le Dr Robineau. D’autres viennent s’y ajouter, de manière moins systématique.

Une telle variété clinique interroge : « Toute la question est : qu’est-ce qui est vraiment attribuable au Covid ? Il faut être ouvert sur les différentes hypothèses, aller dans plusieurs directions ». La persistance virale, la réaction immuno-inflammatoire et la cause (ou la conséquence) psycho-somatique sont les hypothèses privilégiées. Elles seront intégrées dans l’étude Cocolate.

Plutôt qu’une réponse unique, le Dr Robineau s’attend à une combinaison de facteurs. Mais une chose est certaine, même si la cause de ces symptômes persistants est purement psycho-somatique, le patient doit être pris au sérieux : « peut-être que ce n’est pas de l’infectiologie. Quoi qu’il en soit, les gens expriment une souffrance. Une prise en charge adaptée est nécessaire »

Dans un rapport publié fin juillet, issu d’une enquête téléphonique auprès d’environ 300 patients symptomatiques mais non hospitalisés, les CDC d’Atlanta (Etats-Unis) avaient conclu que des symptômes persistaient chez au moins un tiers des malades deux à trois semaines après infection. L’AH-HP, elle, retient un taux compris entre 10 et 15%. C’est pour lever ce type d’incertitudes que l’étude a été lancée, mais aussi et surtout pour comprendre quels symptômes relèvent effectivement des conséquences de la maladie. L’étude de l’AP-HP est ainsi entrée dans sa deuxième phase, pour « obtenir une mesure valide et fiable de l’évolution du Covid long ».